Le Camp de Boulogne



Boulogne-sur-mer, une petite ville comme les autres dans le Pas-de-Calais ? Sûrement pas ! C'est depuis cette modeste ville côtière que l'Empereur a préparé l'invasion de l'Angleterre entre 1803 et 1804... Et il n'a pas hésité à déployer toute la puissance du fantastique arsenal militaire français anisi que les derniers progrès scientifiques, plus surprenants les uns que les autres, dans le but de mener à bien son projet et de mettre fin à la guerre franco-britannique.
Les dates-clés :
16 mai 1803: Rupture de la paix d'Amiens
28 août 1805 : L'armée des Côtes de l'Océan quitte Boulogne et prend le nom de "Grande Armée"
21 octobre 1805 : Défaite navale de Trafalgar qui ruine les espoirs de débarquement en Angleterre
L'impossible paix avec l'Angleterre
Malgré la signature de la paix d'Amiens le 25 mars 1802, la guerre avec l'Angleterre est inévitable dans la troisième année du Consulat. Les dirigeants anglais rouvrent les hostilités le 16 mai 1803, à peine un an après la signature du traité, et se livrent au pillage de nombreux navires de commerce français. Les traités n'étant plus respectés outre-Manche, Napoléon décide "d'aller chercher la paix à Londres".
Il planifie alors l'invasion des îles britanniques depuis le Pas-de-Calais
et reconstitue l'Armée des Côtes de l'Océan (une vieille armée de la Révolution créée en 1795), massant toujours plus d'hommes sur les plages du Nord de la France.


Les camps militaires se multiplient dès 1803 pour y accueillir toujours plus de soldats. Parmi ces installations, le plus célèbre est Boulogne-sur-mer, point de départ de l'expédition. Pendant deux longues années, les soldats mènent une vie rude, consacrant leurs journées entières aux exercices et aux manoeuvres militaires, avant la descente en Angleterre qui ne doit maintenant plus tarder. : elle est prévue entre le 8 et le 18 août 1805.

Le camp de Boulogne


A Boulogne, deux camps principaux se dressent aux alentours de la ville : l'un, sur la rive gauche de la Liane, et l'autre près du plateau de la Tour de l'Ordre. Ils concentrent, avec les autres ports de la Manche, plus de la moitié des armées dont dispose alors la France, soit 100 000 à 200 000 hommes. Là, les entraînements de la journée font oublier aux "grognards" leurs nuits passées dans d'incorfortables hamacs, à peine dotés de couvertures. Le Capitaine Coignet témoigne des conditions de vie sommaires dans le camp, mais également de la participation active du Premier Consul puis de l'Empereur aux manoeuvres, malgré le mauvais temps : "les canons de nos fusils se remplissaient d'eau. Le Grand Homme ne bougeait pas [...], il ne nous fit pas grâce d'un quart d'heure".
Lors de sa présence à Boulogne, Napoléon a élu son quartier-général au château de Port-de-Briques, d'où il signera plus d'un millier de décrets visant à administrer l'Empire. Le 16 août 1804, c'est à Boulogne qu'il remet à plus de 2000 soldats et civils la médaille de la Légion d'Honneur, créée par ses propres soins en 1802. Napoléon et ses braves sont acclamés par les 80 000 grognards présents pour l'occasion. Le lendemain, pour commémorer l'évènement, il donne l'ordre d'ériger une colonne en marbre de cinquante mètres de haut, ce que les soldats acceptent avec enthousiasme, même si leur solde doit être réduite pour permettre la construction du monument. Ce sera la "colonne de la Grande Armée".
Le plan d'invasion
Il ne faut cependant pas oublier que le but du camp de Boulogne est avant tout de préparer un débarquement en Angleterre, non par esprit de conquête, mais pour y obtenir la paix. L'Empereur envisage, dans un premier temps, une invasion classique au moyen de bateaux pour traverser la Manche : il ordonne la construction de 2000 vaisseaux capables de transporter canons, chevaux, et bien sûr les fantassins stationnés dans les camps. Mais Napoléon est très vite conquis par les montgolfières dont les récents succès laissent présager un avenir en or. Employées à Fleurus pour la toute première fois comme simples ballons d'observation, elles sont ensuite emportées par Bonaparte dans ses campagnes (une compagnie d'aérostiers fait le voyage en Egypte ), avant d'être remisées par le Directoire en juin 1799 car trop vulnérables aux balles.

Napoléon songe aussi à créer un tunnel sous la Manche, mais le projet, trop colossal, ne verra jamais le jour du vivant de l'Empereur. C'est finalement sur les bateaux à fond plat qu'il porte son choix : il lui faut donc assurer la maîtrise de la Manche le temps de la traversée. En redoutable stratège, il simule une attaque aux Antilles par les flottes de Ganteaume; la manoeuvre doit contraindre l'Angleterre à envoyer ses bâtiments de guerre basés dans la Manche vers le Pacifique.

Une fois les côtes anglaises vulnérables, il ne lui manque plus qu'à rappeler une flotte destinée à protéger ses navires de transport. Mais les navires en question, partis de Cadix sous le commandement de l'amiral Villeneuve n'arriveront jamais à destination, forcés à rebrousser chemin par l'amiral Nelson. Celui-ci les assiège dans le port et finira par les écraser lors d'une tentative de sortie, à la bataille de Trafalgar le 21 octobre 1805.



Un autre évènement vient contrarier les plans de débarquement de l'Empereur : de retour à Boulogne le 3 août, il apprend que l'Autriche et la Russie réarment. Lorsque la troisième coalition marche sur la Bavière, alliée de la France. L'Empereur n'a plus le choix : il doit reporter ses projets de débarquement. Le 28 août, alors que le commandement du camp est laissé au maréchal Brune avec 25 000 hommes, l'armée impériale, que l'on nomme pour la première fois la Grande Armée, quitte les bords de la Manche pour affronter, en Europe de l'Est, les coalisés, ce qui aboutira aux victoires d'Ulm et d'Austerlitz .


Le camp de Boulogne est l'incarnation des espoirs de l'Empereur de mettre définitivement fin aux appels de l'Angleterre à la guerre contre l'Empire. Napoléon avait pu prouver son habileté à briser les coalitions et les dirigeants belliqueux sur le continent, mais l'invasion des îles britanniques s'est vite révélée impossible de par la présence d'une barrière naturelle : la Manche. Imbattable sur terre, mais insignifiant sur mer malgré tous les efforts pour rétablir une puissance maritime, tel est le triste sort de l'Empire dans les années 1800, vouant à l'échec tout projet d'invasion de l'Angleterre, sans laquelle l'Europe marcherait aux côtés de l'Empereur.


Retourner au début


NAPOPEDIA version 2.1.2 © - Grande Encyclopédie de Napoléon et du Premier Empire - 2016
Les textes et images Napopédia sont la propriété du site NAPOPEDIA ©. Toute reproduction partielle ou complète est interdite sauf autorisation préalable des auteurs.