Le Coup d'Etat des 18-19 Brumaire



Depuis la plaine italienne du Pô aux déserts rocailleux d'Egypte, Bonaparte s'est forgé une gloire militaire sans précédent qui le mènera peu à peu sur le chemin du 18 Brumaire. Le coup d'Etat de l'an VIII met un terme à la République née de la Révolution et annonce déjà les grands bouleversements du début du XIXème siècle dans une France gouvernée par un seul homme : Napoléon Bonaparte, futur empereur des Français.
Les dates-clés :
9 octobre 1799 : Napoléon revient d'Egypte et débarque à Saint-Raphaël
9 novembre 1799 (18 Brumaire an VIII) : Début du Coup d'Etat; déplacement du gouvernement à Saint-Cloud; démission des Directeurs
10 novembre 1799 (19 Brumaire an VIII) : Fin du Coup d'Etat
11 novembre 1799 : Etablissement du Consulat et abolition du Directoire
En marche vers le coup d'Etat


Le 23 août 1799, Napoléon quitte l'armée d'Egypte avec quelques officiers de valeur et entame un long voyage vers la France, où il débarque le 9 octobre, à Saint-Raphaël, près de Fréjus. Les haut-gradés comme Bernadotte, ministre de la guerre, comptent le faire arrêter puis fusiller pour désertion (même si l'ordre de mission du général Bonaparte l'autorisait à rentrer quand il le désirait). Le futur roi de Suède finit par changer d'avis lorsqu'il réalise l'ampleur du ralliement populaire envers Bonaparte : il est vu comme un héros par les Français, admiratifs de ses exploits en Italie et en Orient; au théâtre, on rejoue les victoires d'Egypte et la bataille des Pyramides ... Bref, pour tous, Napoléon est l'homme qu'il faut pour sauver la République Française.

Il faut dire que la situation est loin d'être brillante en cette huitième année du calendrier révolutionnaire : ébranlé par des coups d'Etat à répétition, au rythme d'un par an, le Directoire peine à subvenir aux besoins de la population. Le gouvernement manque d'autorité et observe une politique de conquête en Europe; mais la guerre n'est pas toujours aussi victorieuse qu'en Italie ou en Egypte... De plus, Paul Barras, un des Directeurs, songe à restaurer la monarchie...
Napoléon n'est pas le seul à comprendre la situation : Fouché et Talleyrand complotent dans l'ombre (une vieille habitude qui aura tendance à se confirmer) de concert avec l'abbé Sieyès, un des cinq Directeurs, pour renverser le Directoire et établir une nouvelle Constitution. Pour cela, selon une expression bien connue, il leur faut un "sabre"; c'est-à-dire un général qui permettrait de rallier l'armée au complot. Après Bernadotte, Moreau et Joubert (tué à Novi en août de la même année), les conjurés s'orientent tout naturellement vers Bonaparte.


Pour comprendre le déroulement de Brumaire, il faut s'intéresser au système politique en place en 1799. Depuis le 26 octobre 1795, le Directoire, incarné par cinq Directeurs, dirige la République (en 1799, il se compose de Barras, Siéyès, Ducos, Gohier et Moulin). Le pouvoir exécutif est laissé aux Directeurs et le pouvoir législatif est entre les mains de 500 députés (le Conseil des Cinq-Cents) chargés d'élaborer et de proposer les lois au Second Conseil, celui des Anciens, qui compte 250 députés.
18 Brumaire : le Coup d'Etat "parlementaire"
Samedi 9 novembre 1799 : un jour qui rentrera bientôt dans l'histoire sous le nom de 18 Brumaire, selon le calendrier révolutionnaire imaginé par le poète Fabre d'Eglantine. En raison d'une rumeur de complot jacobin (révolutionnaires partisans de la Terreur du temps de Robespierre) propagée par Sieyès et ses complices, le gouvernement émigre à Saint-Cloud pour se placer sous la "protection de l'armée française". En réalité, , l'éloignement de la capitale diminue le risque d'une émeute de la population voire de la garnison militaire en cas de désapprobation du coup d'Etat.

Dans un second temps, Napoléon obtient le commandement militaire de Paris. Enfin, en plus de son "sabre", Sieyès a besoin du départ d'au moins trois des Directeurs : avec lui-même, Barras et Ducos démissionnent, mais il ne peut rien obtenir de Gohier et Moulin, qui sont arrêtés par les hommes de Fouché. Désormais, privé de trois de ses chefs, le Directoire n'a pratiquement plus aucun pouvoir.
De son côté, Bonaparte peut compter sur son frère Lucien, président du Conseil des Cinq-Cents depuis peu de temps, et sur les généraux Leclerc, Lefebvre, Marmont et enfin Murat, dont les 5000 hommes encerclent Saint-Cloud. La journée du 18 Brumaire s'achève, couronnée de succès. Pour le moment, le plan de Sieyès et Bonaparte a parfaitement fonctionné. Il n'en sera pas de même le lendemain...
19 Brumaire : Bonaparte "hors-la-loi"
Avec la seconde journée du Coup d'Etat débute la seconde phase des opérations. Sieyès et Bonaparte comptent sur un coup d'Etat "légal" : ils attendent qu'on leur offre le pouvoir et, dans un premier temps, ne songent pas à s'en emparer. L'objectif des conspirateurs en ce 18 Brumaire est le vote d'une nouvelle Constitution par le Conseil des Cinq-Cents. Le Conseil des Anciens se montre docile et fait le jeu des comploteurs, mais au grand désespoir du jeune général, les 500 députés n'en finissent pas de débattre et de délibérer. Les heures passent et toujours aucun résultat... C'est bien ce à quoi s'attendait Sieyès, mais contrairement à Bonaparte, son esprit peu militaire n'éprouve pas le besoin d'emporter la décision.

C'est donc l'emportement de Napoléon qui manque de faire échouer la manoeuvre : il entre d'abord chez les Anciens, au Grand Salon, mais ceux-ci se ravisent et se montrent hostiles. Le vainqueur des Pyramides tente alors de s'imposer à grand renfort de phrases telles que "Souvenez-vous que je marche accompagné du Dieu de la Fortune et du dieu de la guerre !", qui avaient fait sensation chez les Egyptiens du Caire. Seulement, les Anciens se montrent moins impressionnés que les Cairotes et redoublent de fureur, ce qui pousse son vieil ami Louis de Bourrienne à s'exclamer : "Sortons, général, vous ne savez plus ce que vous dites !".

C'est maintenant au tour du Conseil des Cinq-Cents, dans la salle de l'Orangerie, d'assister au discours de Napoléon, bien décidé à mettre fin aux débats. Mais comme chez les Anciens, son intervention provoque les huées des députés qui bousculent le général avec rage et le contraignent, aux cris de "Hors-la loi le dictateur !" à évacuer la salle, tiré dehors par les grenadiers de Lefèbvre accourus à son secours. Le coup d'Etat parlementaire est un échec de bout en bout, il va céder la place au coup d'Etat militaire...



Mais voilà que Lucien, après avoir démissionné de sa présidence brandit l'épée de Bonaparte et harangue les troupes, en affirmant qu'il serait le premier à tuer son frère s'il "attentait un jour à la liberté". Furieux de voir leur glorieux général menacé par les députés, les soldats de Murat et Leclerc pénètrent en trombe à leur tour dans le Conseil de Cinq-Cents et s'empressent d'expulser les députés de la salle. Sitôt ceux-ci dispersés, les grenadiers en ramènent un petit groupe qu'ils obligent à voter l'abrogation du Directoire. Napoléon obtient le jour-même la nomination de trois consuls provisoires à la tête de la République : Bonaparte, Sieyès, et Ducos, chargés de rédiger une nouvelle Constitution.


Si Sieyès comptait accéder au pouvoir grâce à Bonaparte, c'est finalement lui le premier à être écarté du gouvernement par le général. Il écrit, en parlant de Napoléon : "Nous avons un maître; il voit tout, il fait tout et il peut tout". Le Consulat provisoire est donc remplacé par un consulat permanent en janvier 1800. Bonaparte, en tant que Premier Consul, se maintient à la tête du pays, assisté des nouveaux consuls Cambacérès et Lebrun. Mais avec la nomination à vie de Bonaparte au rang de Premier Consul en 1802 commence la lente montée vers l'Empire, et le pouvoir suprême... Le Consulat n'aura pas su rassasier les ambitions de ce petit général Corse qui, en ce 18 Brumaire an VIII, se voyait déjà à la tête du plus puissant pays d'Europe.


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