La bataille de Marengo





Date : 14 juin 1800
Belligérants : France (28 200 puis 33 500 hommes et 40 canons) - Saint-Empire Romain Germanique (31 000 hommes, 92 canons)
Généraux : Napoléon Bonaparte - Michael Von Melas, puis Anton Von Zach
Vainqueur : Napoléon Bonaparte
Pertes : 6 600 côté français - 9 400 côté autrichien

Résumé : Tourné et coupé de Vienne par l'armée de Bonaparte, le général Mélas tente de se frayer un chemin à travers les lignes ennemies. Le 14 juin, il attaque en force et fait reculer l'armée française. La défaite se fait sentir, mais Napoléon rappelle les troupes de Desaix et tient bon toute la journée. A 17 heures, Desaix arrive. Bonaparte contre-attaque et remporte la victoire.

Contexte : Campagne d'Italie (1800)

Prélude
Après la défaite de Joubert à Novi le 15 août 1799, les armées du Directoire doivent évacuer le Nord de l'Italie. Le 25 septembre, Masséna arrête la poussée austro-russe à Zurich et contraint les Russes à quitter la coalition. L'Autriche et l'Angleterre, quant à elles, refusent de mettre fin aux hostilités, malgré les offres de paix de Bonaparte, entretemps devenu Premier Consul. Comme il en prendra bientôt l'habitude, celui-ci décide alors de passer à l'offensive plutôt que d'attendre l'invasion. A la tête de l'armée principale, le général Moreau agira dans le Sud de l'Allemagne. L'armée de réserve, stationnée à Dijon et commandée en personne par Bonaparte, se portera dans l'Italie du Nord, théâtre de la campagne de 1796. Mais l'inertie de Moreau retarde dangereusement l'offensive française et aggrave la situation déjà précaire de Masséna, assiégé dans Gênes depuis le 20 avril.
Le 23 mai 1800, afin de tomber sur les arrières de l'armée autrichienne du général Mélas, occupée devant Gênes, le futur empereur franchit le col du Saint-Bernard et débouche dans le val d'Aoste. Le 2 juin, Murat est à Milan : il ne reste plus qu'à obliquer vers le Sud pour prendre Mélas à revers et enfin libérer les troupes de Masséna. Malheureusement pour "l'enfant chéri de la Victoire", il est déjà trop tard. Le 6 juin, Bonaparte apprend que la garnison a capitulé deux jours plus tôt. Si la résistance a été plus qu'héroïque, les 15 000 soldats français ont fini par succomber face à la faim, au typhus et aux assauts répétés de plus de 50 000 "soldats à la crème". Leur vaillance vaudra néanmoins aux survivants d'être aussitôt relâchés.
Une seule question occupe maintenant l'esprit de Napoléon. Que va faire Mélas ? Deux possibilités : se replier vers Mantoue ou s'enfermer dans Gênes. Pour empêcher cette dernière hypothèse, il dépêche Desaix vers le Sud pour barrer la route de la ville à l'armée autrichienne; et pour éviter une retraite vers l'Est, il place Victor près d'Alexandrie, coupant la route de Vienne à l'ennemi. C'est pourquoi la bataille de Marengo se fera à front renversé. Quant à Napoléon lui-même, il rejoindra Victor sous peu.
Il envoie ensuite Lannes en reconnaissance vers le Sud. Le 9 juin, celui-ci bouscule à Montebello les forces du felmarschall Ott et du général O'Reilly, dont les rescapés s'empressent de ralier le gros des troupes de Mélas.
Celui-ci, coupé de Vienne, a résolu de forcer le passage mis en place par Napoléon et, à l'insu des Français, concentre ses forces près d'Alexandrie. Napoléon, de son côté, arrive à Marengo le 13 juin. Les deux armées sont séparées par un fleuve, la Bormida; aussi le Premier Consul s'est-il empressé de vérifier qu'aucun pont n'avait été construit par les Autrichiens pour la franchir. Ses éclaireurs le rassurent : ils n'ont repéré aucun ennemi là où ils ont poussé leur reconnaissance. Napoléon peut s'endormir tranquille.
La bataille


14 juin 1800, 8 heures. Napoléon est réveillé en sursaut par un grondement sourd et régulier. Ce bruit, l'ancien artilleur de La Fère le reconnaîtrait entre mille; et cette canonnade matinale est de mauvais augure. Sans perdre un instant, il regagne son état-major où on lui apprend que les Autrichiens ont pris l'initiative et ont traversé la Bormida, à l'aide de deux ponts érigés dans la nuit. Comment les travuax ont-ils pu échapper aux reconnaissances ? Sans doute celles-ci n'auront pas été poussées assez loin. Le Premier Consul connaît trop les vertus de l'offensive pour ne pas réaliser que son statut de défenseur lui fait courir un brave danger. Il rédige en hâte un message adressé à Desaix : "je croyais attaquer l'ennemi, c'est lui qui me prévient; revenez au nom de Dieu si vous le pouvez encore !"


Côté autrichien, l'armée est déjà en ordre de bataille. Mélas a confié l'avant-garde à Frimont, l'aile droite au général O'Reilly et l'aile gauche à Ott, tandis que lui-même commande le centre. Il mise sur l'effet de surprise pour rejeter son adversaire hors de la plaine du Pô. Dès 8 heures, Frimont se heurte aux avant-postes du général Gardanne qui, malgré la division envoyée en renfort par Victor, peine à contenir la poussée des Impériaux. Les canons de Mélas déchaînent un feu d'enfer sur les positions françaises et seule la vigoureuse contre-offensive de Lannes et Kellermann sur l'aile gauche autrichienne évite la perte du village de Marengo, pour quatre heures encore.
Le Premier Consul jette la division Monnier dans la bataille dès son arrivée mais, alors que le front se stabilise au Nord, elle est submergée par les fantassins du général Ott. Ce n'est que vers 11 heures que Bonaparte arrive sur le champ de bataille, monté sur son cheval Styrie. Après avoir rassemblé ses troupes, il engage la Garde Consulaire qui constitue son ultime réserve. Se doute-t-il alors, que quinze ans plus tard, dans la plaine de Waterloo, au milieu d'une débâcle similaire, il fonderait une fois encore ses derniers espoirs sur son immortelle Garde Impériale ? Le succès de cette contre-offensive désespérée ne sera pas au rendez-vous, ni dans les plaines du Pô ni dans celles de Wallonie. Mais en ce 14 juin, une erreur de Mélas va permettre de redresser la situation.
Midi. Le village de Marengo est encore français. Au lieu d'exploiter son avancée, le général autrichien stoppe son offensive pour réorganiser son armée. Mal lui en prend, car cette pause permet aux Français de reprendre leurs esprits et, surtout, elle retarde l'échéance. Malgré tout, le répit est de courte durée. Ott rouvre les hostilités sur l'aile droite de l'armée consulaire et menace d'encercler Victor. Il est sauvé par une charge de Lannes et peut se replier en bon ordre.
Il est maintenant 15 heures. Du haut du clocher de Torre di Garofuli, Napoléon observe avec amertume le recul de ses troupes au-delà de San Giulano. La Garde Consulaire s'est révélée insuffisante pour renverser la situation. La bataille semble perdue. Pour Mélas, une défaite est impensable, à tel point qu'il quitte le champ de bataille et part rejoindre François II pour lui annoncer la nouvelle. Il ne reste plus qu'à éliminer les derniers débris de l'armée française, ce qu'il confie à son chef d'état-major , le général Von Zach. Tâche élémentaire, à la hauteur du bras droit de celui qui se considère déjà comme le vainqueur de Marengo. Du moins, c'est ce qu'il croit.



Tandis qu'O'Reilly se positionne sur la route de Novi, Zach masse ses troupes aux alentours de Villanova, se préparant à accompagner l'armée française dans son repli vers l'Est. Soudain, coup de théâtre ! Un aide de camp gagne, haletant, l'état-major du Premier Consul. Napoléon pousse un soupir de soulagement. Il est 17 heures. "Enfin, cris de joie : « Les voilà, les voilà !», rapporte le capitaine Coignet. Cette belle division venait l'arme au bras. C'était comme une forêt que le vent fait vaciller. La troupe arrivait sans courir, avec une belle artillerie dans les intervalles des demi-brigades et un régiment de grande cavalerie qui fermait la marche".
Napoléon, traversant ses bataillons, s'exclame : "tenez ferme, voilà ma réserve !" puis, ayant rejoint Desaix : "La bataille est perdue, mais il est encore temps d'en gagner une autre." Replacée en ordre de bataille, les 5 000 hommes de Desaix formant l'aile gauche, l'armée consulaire s'apprête à reconquérir le terrain perdu. Bientôt, la mitraille crachée par les batteries de Marmont coupe l'élan des Autrichiens, incrédules, puis la percée des cavaleries de Desaix et Kellermann qui provoque débâcle des avant-gardes de Zach.
Hélas, le fidèle ami de Bonaparte ne pourra pas assister à son triomphe : il tombe au cours de la mêlée, frappé d'une balle en plein coeur. Le général Zach est capturé, l'armée autrichienne retraverse la Bormida la tête basse. Les Français ne les suivront pas aussi loin, faute de munitions.
Malgré cet éclatant renversement de situation et la non moins éclatante victoire remportée par son armée, Napoléon, au soir de la bataille, demeure sombre et songeur. La perte de son compagnon de l'épopée égyptienne le plonge dans une profonde douleur. Et au milieu des râles des mourants, on entend le vainqueur, parcourant une dernière fois la plaine de Marengo, triste et solitaire, soupirer : "Pourquoi ne m'est-il pas permis de pleurer ?"



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