Premier Empire : de la proclamation au sacre



Avec les quatre années du Consulat, Bonaparte avait prouvé aux yeux de tous sa volonté de conserver les acquis de la Révolution et mettre en place, réforme après réforme, un régime Républicain fort. Mais l'ambitieux consul visait plus haut. Le 2 décembre 1804, il gravit les dernières marches vers le titre suprême : c'est le couronnement de Napoléon Ier, l'Empereur qui allait tenir l'Europe dans sa main durant près d'une décennie...
Les dates-clés :
21 mars 1804 : Exécution du Duc d'Enghien
18 mai 1804 : Le Sénat approuve la nouvelle Constitution; l'Empire est proclamé
19 mai 1804 : Grande promotion des maréchaux; 18 généraux deviennent maréchaux d'Empire
2 décembre 1804 : Cérémonie du Sacre à Notre-Dame
"Nous voulions rendre un roi à la France..."
Nommé consul à vie après la signature de la paix d'Amiens, Napoléon détient désormais entre ses mains un pouvoir de plus en plus contesté par les royalistes. La construction d'une statue de Charlemagne place Vendôme et la frappe de monnaie à l'effigie du Premier consul vont peu à peu susciter de nouvelles oppositions : Georges Cadoudal, à la tête des Chouans de Bretagne, prévoit d'assassiner Bonaparte pour permettre le rétablissement au trône du frère cadet de Louis XVI, qui deviendra Louis XVIII en 1814. Son projet, qui devait changer le destin de la France, ne verra jamais le jour.

Arrivée aux oreilles du régicide Fouché, figure emblématique, avec Savary, de la police sous l'Empire, la conspiration est vite enrayée par les hommes de la police et Cadoudal arrêté avec ses complices, le 9 mars 1804. On découvre alors l'ampleur du complot qui se trame contre Napoléon, et notamment l'implication d'un "prince" favorable au retour de la monarchie. Louis-Antoine de Bourbon-Condé, Duc d'Enghien, farouche opposant à la Révolution, est immédiatement suspecté par les services du ministre de la police Réal. Le 15 mars 1804, il est arrêté à Ettenheim, en pays de Bade, à quelques lieues de la frontière française.
En vérité, ce prince était problablement le Comte d'Artois, frère de Louis XVI et futur Charles X, mais le Duc était plus à la portée des services français.


Conduit à Paris pour y être jugé, il nie avoir participé au complot de Cadoudal mais avoue, en revanche, en tant qu'ennemi du gouvernement Français, être payé par l'Angleterre et "avoir porté les armes contre sa patrie" . Le Duc est reconnu coupable par la commission militaire et fusillé, le 21 mars, sur ordre du général Savary, dans les fosses du château de Vincennes. Son chien Mohiloff, présent aux côtés de son maître le jour de l'exécution et immortalisé dans plusieurs tableaux, sera recueilli par le gouverneur du château, puis naturalisé et exposé au musée du Palais de Rohan, à Strasbourg.




"Messieurs, vous me permettrez au moins d'emmener mon chien ?"-Le Duc D'Enghien à son arrestation, le 15 mars 1804


Les réactions sont mitigées : en France, on apprend la nouvelle avec indifférence (même si l'écrivain Chateaubriand, royaliste convaincu, n'a cessé de prétendre le contraire) tandis que le Tsar Alexandre Ier et l'Empereur d'Autriche prennent le deuil. Mais en Prusse comme en Espagne, on félicite le Premier Consul et ses services de police d'avoir réussi à dénouer le complot et arrêter les conjurés.

Cadoudal, pour sa part, ne connaîtra pas un sort plus enviable. Il refusera la grâce accordée par Napoléon, en déclarant : "Nous voulions donner un roi à la France, nous lui avons donné un empereur." Il sera guillotiné le 25 juin 1804.
Les troubles causés par l'arrestation des différents conspirateurs ont incontestablement joué un rôle majeur dans l'avènement du Premier Empire : pour asseoir son autorité et légitimiser son pouvoir, le Premier Consul émet l'idée d'un pouvoir héréditaire. Mais impossible de rétablir la monarchie après la Révolution et l'exécution encore toute récente d'un Bourbon; l'Empire devient alors une forme de gouvernement envisageable pour Bonaparte, qui s'apprêtait alors à entrer dans la légende sous le nom de Napoléon...


La proclamation de l'Empire
Le 27 mars 1804, Fouché encourage Napoléon à renforcer son pouvoir en instaurant un nouvel Empire, suggestion approuvée le 3 mai, après trois jours de délibérations, par le Sénat. Il n'y avait plus eu d'empereur en France depuis la mort de Charlemagne, en l'an 814, soit près d'un millénaire avant le sacre de Napoléon...
Le 18 mai 1804, le Sénat approuve la nouvelle Constitution. Le lendemain, les dix-huit premiers maréchaux d'Empire sont nommés; parmi eux, quatre maréchaux à titre honoraire : Lefebvre, Pérignon, Sérurier, et Kellermann. En juillet, c'est au tour du peuple d'exprimer son avis, lors d'un plebiscite organisé dans l'intégralité du pays. Les résultats dépassent les espérances de Napoléon : 3 572 329 favorables contre 2 569 défavorables; soit 99,9% d'approbation... Ce qui fera dire à Constant, valet de chambre de l'Empereur : "Si l'Empereur a usurpé le trône, les trois quarts des Français étaient du complot".
Le pape Pie VII lui-même a été convié pour le Sacre, pour amener sa bénédiction sur le nouvel empereur, qui cherche à s'assurer du soutien de l'Eglise... et devenir le digne successeur de Charlemagne, sacré par Léon III à Rome en l'an 800. Le 25 novembre, lors d'une chasse au cerf simulée dans la forêt de Fontainebleau, Napoléon croise le cortège du Pape et le conduit, avec une escorte de mamelouks, au château de Fontainebleau.


Une cérémonie grandiose


En cette matinée du 2 décembre 1804, les cloches de la cathédrale de Notre-Dame résonnent aux quatre coins de Paris pour inviter le peuple à se joindre au cortège impérial. Ce ne sont pas moins de 25 carrosses et 152 chevaux qui quittent les Tuileries, acclamés par la foule et les 80 000 soldats présents pour l'occasion; à 11 heures, ils arrivent enfin à Notre-Dame où les attendent tous les plus hauts dignitaires de l'Etat. Là, ils pénètrent en triomphe dans la cathédrale, au son des canons qui retentissent dans l'Île de la Cité. La cérémonie peut commencer. Elle allait durer près de quatre heures; quatre heures qui marquèrent à jamais l'épopée napoléonienne, et avec elle l'Histoire de France.

« Vivat Imperator in aeternum !» s'est écrié Napoléon après avoir lui-même placé la couronne sur son front : il montre ainsi son indépendance vis-à-vis de l'Eglise et du Pape. Contrairement à ce que l'on croit couramment, Napoléon n'arrache pas la couronne des mains de Pie VII; il ne faisait que respecter le déroulement des opérations sur lequel on s'était entendu à l'avance. La cérémonie s'achève sur les acclamations frénétiques de la foule et aux cris enflammés de « Vive l'Empereur », à peines occultés par le son des canons qui tonnent dans la ville.

Pour célébrer le sacre, Notre-Dame se pare d'étoffes jusque dans ses moindres détails, livrant aux privilégiés un spectacle éblouissant de richesse. Des gradins sont installés des deux côtés de la nef pour accueillir les officiers et magistrats invités par l'empereur, les membres du Sénat et, bien sûr, les frères et sœurs de Napoléon. Joseph, Louis, Murat, Bernadotte, Caulaincourt , Talleyrand et bien d'autres encore assistent au couronnement, immortalisé par David à travers a très célèbre peinture du sacre, haute de plus de 9, 80 mètres pour 6, 25 mètres de long. "On marche dans ce tableau" s'écrira Napoléon lorsqu'il découvrira le chef-d'œuvre, en 1807.
Le tableau de David


Commandé par Napoléon en septembre 1804, le tableau ne commence à voir le jour qu'en décembre 1805, sous la main habile de Jacques-Louis David, le premier peintre de l'empereur; l'artiste en restera le seul et unique détenteur jusqu'en 1819, date à laquelle il est cédé aux musées nationaux.


La réalisation de pareille œuvre, aux dimensions monumentales, n'a d'autre but que de d'entretenir la légende Napoléonienne et léguer à la postérité l'image d'un souverain incontesté et à l'ambition démeusurée. L'auteur s'est donc accordé quelques libertés avec la réalité : bien que figurant aux premières loges sur le tableau, Letizia Ramolino, mère de Napoléon a refusé d'assister à la cérémonie et au triomphe de son fils. Le geste du pape sortirait lui aussi tout droit de l'imagination du peintre qui n'a pas hésité à s'introduire dans l'œuvre :"Je me glisserai dans l'ombre de mon héros" s'est réjoui David. Revêtu d'un manteau de sacre lourd de 40 kg, Napoléon quant à lui a bel et bien couronné Joséphine. Pourquoi avoir choisi de représenter le couronnement de l'impératrice, plutôt que celui de l'Empereur, qui représente un des moments-clés du Sacre ? David ne serait probablement pas parvenu à réaliser un dessin satisfaisant de Napoléon accomplissant le geste symbolique, malgré quelques esquisses prometteuses...


Véritable hymne à la gloire de l'empereur, le "Sacre de Napoléon" de David demeure le plus précieux témoin de cette journée si exceptionnelle qui a vu la naissance d'un empire, et connaît aujourd'hui un succès incomparable parmi les visiteurs, massés devant lui au musée du Louvre. L'œuvre subsiste à l'épreuve du temps et continue, siècle après siècle, de susciter l'admiration de tous : le mythe napoléonien a encore de belles années devant lui...


"Je ne tiens pas la couronne de mes pères, mais de la volonté de la nation qui me l'a donnée." - Napoléon

Rien n'a été laissé au hasard dans la a cérémonie du sacre : dès le 29 novembre, les participants, rassemblés aux Tuileries, répètent la cérémonie, d'abord avec des marionnettes placées sur un plan de Notre-Dame, puis en se positionnant sur un tracé grandeur nature de la cathédrale, dessiné à la craie sur le sol, dans le Salon de Diane.
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NAPOPEDIA version 2.1.2 © - Grande Encyclopédie de Napoléon et du Premier Empire - 2016
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