Le siège de Toulon/Napopédia
Le siège de Toulon





Date : 18 septembre 1793 -19 décembre 1793
Belligérants : Grande Armée (32 000 hommes et 100 canons) - Royaume-Uni, Espagne, Piémont-Sardaigne, Royaume de Naples (16 000 hommes, 1 000 canons)
Généraux : Généraux Carteaux, Doppet, puis Dugommier - Samuel Hood
Issue : Victoire française
Pertes : 2 000 côté français - 4 000 côté coalisé

Résumé : en 1793, Bonaparte commande l'artillerie de l'armée républicaine assiégeant Toulon, livrée aux Anglais par les royalistes. Après de longs mois de siège, le plan du "capitaine canon" - comme on le surnomme alors - est adopté, et les forts à l'extérieur de la ville sont capturés par les Français en décembre. Les Anglais et leur alliés doivent quitter la rade pour échapper au feu des canons français. Toulon est reprise et Bonaparte nommé général de brigade après sa première victoire militaire.

Contexte : Guerres de la Révolution (1792 - 1799)

Prélude


Le 22 septembre 1792, tous les espoirs du peuple français se voient exaucés avec la proclamation de la République. Mais très vite éclatent dans les villes de Lyon, Avignon, Nîmes et Marseille de violentes insurrections royalistes. Ceux-ci n'hésitent pas à livrer Toulon aux Anglais, le 28 août, en réponse aux menaces de la Convention. On confie à Salicetti, député corse qui se fera régicide l'année suivante, la reconquête de la ville. il sera aidé par le général de division Carteaux, auréolé par sa récente victoire sur les insurgés de Marseille... mais aussi ancien peintre en bâtiement et ancien gendarme récemment reconverti.
Pour remplacer le chef de bataillon Dommartin, gravement blessé dans un accrochage à Ollioules, à la tête de l'artillerie du 4ème Régiment, le choix de Salicetti se porte sur le capitaine Napoleone Buonaparte - ce n'est qu'en 1796 qu'il francisera son nom en "Napoléon Bonaparte". Le 17 septembre 1793, celui-ci rejoint le quartier-général installé à Ollioules. Il entreprend aussitôt un relevé minutieux des positions coalisées, tenues principalement par des Anglais mais aussi par des forces Sardes, Espagnoles et Napolitaines. En tout, près de 17 000 hommes sous les ordres de l'amiral Hood.
Les soldats de la République, eux, ne sont que 12 000. Napoléon est conscient de ce rapport de forces défavorable. Pour lui, seul un savant mélange d'audace, de persévérance et de ruse pourront venir à bout du dispositif ennemi. Dès lors, l'artillerie qu'il commande va être en première ligne...
La bataille


Devant les nombreuses preuves d'incompétence de la part du général Carteaux, le frêle officier d'artillerie comprend vite l'importance du rôle qu'il s'apprête à jouer dans le siège. Les boulets de canon d'abord, largement négligés par les troupes républicaines, ne peuvent atteindre que le tiers de la distance qui sépare la position française des navires ennemis. Le plan de Carteaux ensuite, que l'on peut aisément qualifier de simpliste, sous-estime dangereusement l'adversaire. Il était temps que celui qui deveindrait "le premier capitaine du monde" intervienne. Selon lui, la seule façon de chasser les Anglais consiste à s'emparer des forts de l'Eguillete et du Balaguier, qui permettrait de tenir la rade sous le feu des canons et d'en chasser la flotte anglaise. Les insurgés, privés de ravitaillement, n'auraient plus d'autre choix que de baisser les armes, ouvrant les portes de la ville aux troupes républicaines.
Si ce plan séduit une majorité d'officiers, Carteaux, lui, rejette la proposition du "capitaine canon". Il enverra malgré tout, le 22 septembre, un maigre détachement prendre la colline du Caire, défendue par le fort de l'Eguillette. En somme, en réponse au plan de Bonaparte qu'il juge irréalisable, il donne pour mission à quatre cents hommes d'en déloger quatre mille, solidement retranchés derrière les murailles de l'Eguillette ! Ce qui n'est pas sans provoquer la colère du futur consul et empereur en apprenant la nouvelle de la défaite...
Les Anglais, avertis de l'intérêt stratégique de la colline, s'attachent à la construction d'un ensemble de fortifications rattachées autour du fort Mulgrave, ensemble bientôt surnommé "Petit Gibraltar". Côté français, un nouveau désastre au Mont Faron décide la Convention à relever Carteaux de son commandement. Il sera remplacé par le général Doppet, le vainqueur de Lyon, qui se révèle en réalité tout aussi piètre général. Entretemps, Bonaparte s'évertue au renforcement de l'artillerie. Il fait acheminer de nouvelles pièces jusqu'à former une batterie digne de ce nom, restée dans l'Histoire sous le nom de "batterie des Sans-Culottes". La rade résonne bientôt du fracas des canons et les vaisseaux britanniques doivent trouver refuge derrière le fort de la Tour Royale. Bonaparte, qui depuis le 19 n'est plus capitaine mais chef de bataillon, en profite pour lancer un assaut sur le fort Mulgrave, mais ses espoirs sont vites anéantis par le général Doppet qui, après avoir vu son aide de camp tomber à ses côtés, est pris d'une panique incontrôlable et ordonne la retraite. Bonaparte fulmine, Doppet aussi. Mais pas pour la même raison : le général vient d'apprendre qu'il était à son tour remplacé par Jean-François Coquille, dit Dugommier.
Napoléon ne le sait pas encore, mais durant tout le siège de Toulon, il combat aux côtés de futurs maréchaux et généraux d'Empire parmi lesquels on trouve Masséna, Suchet, Marmont, Victor ou encore Junot. C'est là qu'il se liera d'amitié avec les futurs Duc de Raguse et Duc d'Abrantès. Ce dernier, alors sergent, se voit un jour jouer les secrétaires du capitaine Bonaparte qui commence à lui dicter une lettre. Un boulet britannique finit sa course juste à côté des deux hommes : il en faudrait plus pour effrayer Junot qui, voyant non sans satisfaction sa feuille couverte de terre, déclare avec le plus grand sang-froid : "Parfait, nous n'avions plus de sable pour sécher l'encre"... Une anecdote qui sera largement immortalisée par l'imagerie d'Epinal.


30 novembre. C'est au tour des Anglais de prendre l'offensive : un important détachement effectue une sortie et s'empare de la batterie de la Convention, au Nord-Ouest de la ville. Aussitôt, les canons sont encloués pour les mettre hors d'usage, mais Dugommier et Salicetti ne tardent pas à réagir et parviennent à repousser l'assaut britannique. Soixante-douze Français tombèrent ce jour-là, contre cinq cents hommes pour les coalisés. "Je manque d'expressions pour te peindre le mérite de Buonaparte, écrit le général Du Teil le lendemain , beaucoup de science, autant d'intelligence et trop de bravoure, voilà une faible esquisse des vertus de ce rare officier". Un rapport élogieux, comparable à celui qu'adresse Dugommier au Comité de Salut Public : "Récompensez et avancez ce jeune homme, car si on était ingrat avec lui, il s'avancerait tout seul."
Bonaparte place cinq batteries contre la ville et les fortifications ennemies. Il les nomme "Batterie de la Grande Rade ", des "Chasse-Coquins", des "Quatre-Moulins", des "Jacobins" et, la plus célèbre, des "Hommes sans peur". Un intense bombardement est dès lors commandé par Napoléon en personne, celui-ci n'hésitant pas à s'exposer aux tirs adverses en première ligne. Il aurait, selon la légende, pris la place d'un artilleur tué sous ses yeux et rechargé lui-même le canon.
Le 16 décembre 1793 a enfin lieu l'assaut général. Sous une pluie battante, les 6 000 Français se mettent en marche vers les positions ennemies à la faveur de la nuit. Ils atteignent le Petit Gibraltar où les défenseurs, pris de court, ne leur opposent pas moins une résitance farouche. Aux vigoureuses charges françaises répondent d'impitoyables salves d'infanterie, faisant place à un furieux corps-à-corps où Bonaparte est blessé à la cuisse gauche. Bientôt, le drapeau français flotte au sommet du fort. La flotte anglaise riposte avec ses redoutables pièces d'artillerie, inondant pendant plus de trois heures le fort d'un flot continu de boulets. Rien n'y fait, les soldats républicains tiennent leurs positions. Le futur maréchal Marmont, alors lieutenant, y fait installer des batteries et, peu après, les forts de l'Eguillette et du Balaguier capitulent à leur tour. Plus au Nord, les Napolitains et Espagnols abandonnent le fort Mulgrave sous le feu d'enfer de l'artilleire française. Tous les forts viennent de tomber et la flotte britannique n'a d'autre choix que d'évacuer la rade, non sans avoir incendié l'arsenal, les magasins de mâture et avoir coulé les douze navires français venus les accueillir quelques temps plus tôt.


Le 19 décembre, les troupes républicaines foulent à nouveau les rues pavées de Toulon et se livrent à un terrible pillage répressif contre les habitants qui ouvraient quatre mois plus tôt leurs portes au coalisés. Impossible pour Bonaparte et l'état-major de contenir la colère de leurs hommes. La ville est rebaptisée "Port de la Montagne" et Napoléon, à qui la Convention doit la victoire, promu général de brigade le 22 décembre.
Premier succès d'une longue liste, la prise de Toulon laisse déjà présager une belle carrière à Bonaparte mais, si le gouvernement lui accorde les promotions qu'il juge méritées, tous sont à mille lieux de se douter de la fulgurante ascension qui l'attend. Les premières étincelles d'ambition sont-elles nées ce jour-là dans l'esprit de ce jeune général d'à peine vingt-quatre ans ? Le chemin qu'il lui reste à parcourir est encore long. Il faudra attendre Vendémiaire puis les campagnes d'Italie et d'Egypte pour qu'une réputation d'invincibilité entoure définitivement le nom de Napoléon Bonaparte.



Les vestiges du siège de Toulon
En visitant la rade de Toulon de nos jours, on peut encore observer quelques témoins du siège auquel Napoléon participa en 1793. De gauche à droite : le fort Balaguier, le fort de l'Eguillette, et la Tour Royale - "Grande Tour" à l'époque. Ces fortifications, si elles faisaient partie intégrante du dispositif défensif coalisé, datent des XVIIème et XVIème siècles.











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