La Première Campagne d'Autriche



2 décembre 1805. En actuelle République Tchèque va se dérouler la bataille la plus célèbre de l'Empire, peut-être la plus brillante victoire de Napoléon. Et pourtant, en ce 28 août 1805, date de la contre-offensive de la Grande Armée, rien ne laissait prévisager aux souverains alliés leur écrasante défaite près du petit village d'Austerlitz... Première victoire de la lignée des Iéna, Friedland et Wagram, sans aucun doute le plus connue, avec Waterloo et Trafalgar, des affrontements de l'Empire.
Les dates-clés :
28 août 1805 : L'armée française quitte le camp de Boulogne et prend le nom de Grande Armée
14 octobre 1805 : Victoire de Ney à Elchingen
15-20 octobre 1805 : Siège et victoire d'Ulm
14 novembre 1805 : Prise de Vienne
2 décembre 1805 : Victoire décisive d'Austerlitz
Batailles : Wertingen, Elchingen, Ulm, Austerlitz


Le volte-face de la Grande Armée


Depuis la rupture de la paix d'Amiens en mai 1805, Napoléon nourrit le projet d'envahir les îles britanniques avec une armée de 100 000 à 200 000 hommes, pour obtenir la paix. Il rassemble ses troupes au camp de Boulogne d'où doit partir l'expédition : pendant que les "grognards" s'entraînent aux manoeuvres militaires, Bonaparte, devenu Napoléon, est sacré Empereur des Français le 2 décembre 1804, puis Roi d'Italie le 26 mai de l'année suivante. Mais le Premier Ministre britannique, William Pitt, voit d'un très mauvais oeil la montée en puissance de l'ex-général de la République et s'inquiète de plus en plus de la menace qui pèse désormais sur les côtes anglaises. Il relance l'engrenage des coalitions, non contre la République Française, mais contre l'Empire.

Une nouvelle coalition se forme, la troisième, regroupant les forces du Saint-Empire Romain Germanique (qui devient l'Empire d'Autriche en 1806), de Russie et bien sûr d'Angleterre. Aussitôt, les coalisés marchent sur la France et marchent sur la Bavière, alliée de cette dernière, de sorte à accentuer la pression sur l'Est de l'Empire.

La réaction de l'Empereur face à l'Autriche est immédiate : le 28 août 1805, la Grande Armée, comme on l'appellera désormais, quitte les côtes de la Manche pour entamer une fulgurant traversée de l'Europe
. Les 160 000 hommes de l'Empereur arrivent le 25 septembre sur les rives du Rhin, bien plus tôt que ne l'imaginaient les Autrichiens, divisés en deux armées sous le commandement de l'Archiduc Ferdinand et du feld-marechal Mack. Au Sud, Au Sud, en Italie, l'Archiduc Charles doit faire face à l'armée française du maréchal Masséna.


La reddition d'Ulm


Hélas pour l'Autriche, Mack ne va pas tarder à faire une erreur dont Napoléon saura profiter. Il s'était emparé de Munich le 13 septembre et avance vers Ulm; mais cette progression trop rapide implique l'isolement de son armée, qu'un simple mouvement tournant de la part de l'ennemi pourrait couper de ses arrières: ainsi, Ney s'empare bientôt de la ville de Gunzsbourg et menace les arrières autrichiennes. Le 8 octobre, Murat et Lannes anéantissent les avant-gardes de Mack à Wertingen. Celui-ci essaie alors de forcer le passage, comptant sur l'arrivée de l'armée russe qui ne doit plus tarder. Mais le général Dupont, le futur vaincu de Baylen, contre-attaque avec une telle fougue qu'il oblige les Autrichiens à se retrancher dans Ulm, de peur de se voir à nouveau pris à revers.

Grâce aux informations de l'espion Schulmeister, payé par Savary, Mack croit à un repli français et envisage une attaque; il doit cependant vite déchanter lorsqu'on l'avertit du combat au pont d'Elchingen le 14 octobre, qui se solde par la victoire du maréchal Ney. Le voilà maintenant encerlé dans Ulm par la Grande Armée, tandis que l'Archiduc Ferdinand prend la fuite vers Stuttgart, vite harcelé par les troupes de Murat.
Comprenant que les Russes n'arriveraient pas à temps pour le délivrer, Mack finit par capituler le 20 octobre 1805. Mais alors que l'Autrichien vaincu sort de la ville avec plus de 25 000 hommes et 65 canons, une désastre sans précédent pour la marine française se joue à Trafalgar : l'amiral Nelson vient de couler la flotte de l'amiral Villeneuve, au large de Gibraltar.


La prise de Vienne
Sur le continent, Napoléon ignore encore la défaite de Villeneuve. Il entreprend désormais la marche sur Vienne, à seulement 330 kilomètres de ses avant-gardes. Tandis que Ney s'empare de la ville d'Innsbruck, place forte du Tyrol, Bernadotte et Marmont prennent position dans la vallée de la Mur, barrant la route de Vienne depuis l'Italie. La progression de l'armée française se poursuit sans réelle opposition jusqu'au 5 novembre où les avant-gardes de Lannes et Murat se heurtent à Koutousov à Amstetten; ce dernier abat soigneusement le ponts derrière lui, s'assurant ainsi d'une longueur d'avance considérable sur Napoléon pour rejoindre la capitale autrichienne. Dans un même temps, le 8, à Mariazell, Davout inflige une sévère défaite à l'Archiduc Charles rentré d'Italie après avoir été battu par Masséna à Caldiero, le 30 octobre.
Les ennuis ne font que commencer pour Koutousov : à peine passé sur la rive gauche du Danube, ses troupes sont durement éprouvées le 10 Dürrenstein face à Mortier, laissant ainsi le temps à l'avant-garde de Murat de mettre la main sur Vienne, après avoir fait croire à un armisitice. Napoléon n'entre dans la capitale que le 15 avec le gros de l'armée et élit domicile dans le palais de Schönbrunn. Six semaines à peine auront suffi à la Grande Armée pour mettre l'Autriche à genoux et faire plus de 30 000 prisonniers. Mais l'Empereur sait qu'il lui reste encore beaucoup à faire pour obtenir la paix avec les Austro-Russes; aussi se hâte-t-il de quitter Vienne le lendemain de sa conquête afin de poursuivre les hommes de Koutousov en fuite.


Le 19 novembre, Murat atteint Brünn, précédé de peu par Soult qui arrive déjà en vue du mythique plateau de Pratzen. A ce moment-là, Napoléon arrivé le 20 novembre, comprend qu'il ne peut plus abattre les forces alliées séparément et envisages d'ores et déjà la grande bataille qu'il devra mener dans la plaine encore calme et apaisée d'Austerlitz. Mais un évènement inattendu survient le 27 novembre : François II propose un armistice à Napoléon; en réalité une manoeuvre visant à gagner le temps nécessaire à l'armée russe de Bennigsen de rejoindre ses propres forces. L'Empereur voit clair dans le jeu de son adversaire mais, contre toute attente, répond favorablement à la demande de trêve. Il espère ainsi faire croire à l'Autrichien qu'il est en mauvaise posture, en cruelle infériorité numérique face aux nombreux corps russes qui arrivent par l'Est. Le lendemain, afin de mieux conforter l'ennemi dans son erreur, il donne l'ordre à Soult d'évacuer le plateau de Pratzen. La "bataille des Trois Empereurs" va commencer.
La bataille d'Austerlitz




Napoléon souhaite inciter les Austro-Russes à attaquer sa droite forte d'à peine 4000 hommes. Tôt dans la matinée, alors que le soleil se lève, les Russes lancent l'assaut exactement comme l'espérait l'Empereur, et les villages du Sud deviennent vite le théâtre d'un combat sans merci. Comptant sur la résistance de l'aile droite, Soult prend pied sur le plateau, de manière à prendre à revers les troupes de Buxhowden qui viennent d'engager le combat; Lannes et Murat retiennent Bagration au Nord. Le champ de bataille s'étend désormais des étangs du Sud au Nord du plateau de Pratzen. Voyant le centre du dispositif français dégarni, la garde russe s'essaie à une attaque courageuse face à Bernadotte, mais elle est vite refoulée par la cavalerie Mamelouk rapportée d'Egypte par Napoléon. A 13 heures, la victoire n'est déjà plus envisageable pour l'empereur d'Autriche et le Tsar. Il faut sonner la retraite.

Véritable chef-d'oeuvre de stratégie, la victoire d'Austerlitz aura laissé un goût bien amer au Tsar Alexandre Ier et à François II qui signeront la paix de Presbourg le 26 décembre. L'Autriche cède ainsi le Tyrol à la Bavière, perd la Vénétie, alors que naissent en Allemagne de nouveaux états indépendants bientôt rattachés à la Confédération du Rhin. Le 1er janvier 1806, les drapeaux Austro-Russes sont déposés aux pieds du Sénat de l'Empire, à Paris; dans le même temps, place Vendôme, on érige une colonne à la gloire de l'Empereur avec le fer des canons ennemis récupérés au lendemain de la bataille.


Ces soixante dix jours de campagne ont abouti à la plus fameuse de Napoléon, et peut-être la plus brillante. L'Empereur a su imposer aux coalisés son champ de bataille et a planifié toute la manoeuvre à suivre. Il a véritablement manipulé l'ennemi pour le forcer à agir selon ses plans et, de ce fait, anéantir les troupes austro-russes. Comme ne manquera pas de le souligner le général Langeron, émigré français combattant chez les Russes : "J'ai déjà vu des batailles perdues, mais je n'avais pas l'idée d'un tel désastre".

Au lendemain d'Austerlitz, la puissance autrichienne est brisée de manière quasiment irréversible : le Saint-Empire Romain Germanique est dissous, François II doit maintenant se contenter de l'Empire d'Autriche. La catastrophe sera si grande que, dans les quatre ans qui suivent, le pays ne pourra pas faire mieux que ruminer sa défaite, incapable de prendre par à la coalition suivante, à l'inverse de la Russie.

La victoire d'Austerlitz, qui asseoit la supériorité de la France sur l'Europe, est considérée par tous comme un chef-d'oeuvre militaire. A tel point que le 30 décembre 1805, en référence au roi Alexandre de Macédoine, le Tribunat vote à l'unanimité le titre de "Napoléon le Grand" pour l'Empereur...
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