Joseph Fouché



Titres : Duc d'Otrante, comte de l'Empire
Dates : 1er mai 1759- 25 décembre 1820 (Le Pellerin-Trieste)
Fonctions : Ministre de la Police générale de 1799 à 1802; de 1804 à 1810 et en 1815
Signature :

Qu'en pense Napoléon ?
“[Fouché] n'est qu'un intriguant : il a prodigieusement d'esprit et de facilité pour écrire. C'est un voleur qui prend de toutes mains. [...] Il a été un grand révolutionnaire, un homme de sang. Il croit racheter ses torts ou les faire oublier en cajolant les parents de ses victimes ou se faisant, en apprence, le protecteur du faubourg Saint-Germain. C'est un homme qu'il peut être utile d'employer, parce qu'il a encore le drapeau de beaucoup de révolutionnaires, et d'ailleurs très capable, mais je ne puis jamais avoir confiance en lui.” - propos de l'Empereur à Caulaincourt, 1812.


Un acteur de la Révolution et de la Terreur
Avec Talleyrand , Fouché est généralement reconnu comme l'un des plus grands traîtres de l'histoire de France. On le rattache généralement à ses nombreuses trahisons et ses revirements d'allégeance mais aussi au ministère de la Police, particulièrement efficace sous l'Empire, ou encore à son rôle sous la Révolution, notamment en ce qui concerne la mort de Louis XVI...

Le futur Duc de l'Empire naît au Pellerin, près de Nantes, le 21 mai 1759. Sa famille le destine traditionnellement à faire carrière dans la marine marchande, son père étant capitaine d'un vaisseau de commerce mais au vu du physique chétif du jeune Joseph, elle préfère l'orienter vers des études religieuses. Devenu professeur de physique et de mathématiques, il enseigne dans les collèges religieux de Saumur et Vendôme, puis Juilly (où il croise le futur général Desaix, alors élève) et enfin Arras (où il se lie d'amitié avec Maximilien de Robespierre).

Favorable aux Lumières, il rentre à Nantes en 1789 et entame une carrière d'avocat avant d'être élu député de la Loire-Inférieure à la Convention en 1792. Jacobin virulent, il fait partie des 361 députés qui se prononcent favorablement quant à la mort par guillotine de Louis XVI, lors de son procès, le 16 janvier 1793.



Après la mort du dernier monarque absolu français, le 21 janvier, Fouché est envoyé dans la Nièvre pour la "déchristianiser", selon les principes révolutionnaires; il y exerce un pouvoir absolu. Déplacé à Lyon, il se rend responsable, en compagnie du révolutionnaire Collot d'Herbois, de la mort de plus de 1800 prisonniers royalistes, exécutés non sans cruauté par des canons chargés à mitraille et pointés à bout portant. Robespierre - qui n'a pourtant pas la conscience plus tranquille - s'en indigne et le dénonce, ce qui vaut au futur ministre de participer au complot visant à renverser "l'Incorruptible" (surnom de Robespierre). Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), retranchés à l'hôtel de ville, Robespierre et ses partisans sont arrêtés par la Gendarmerie et gullotinés le lendemain. La Terreur est enfin terminée.
Fouché devient ambassadeur puis se rend dans la République Cisalpine et en Hollande, avant d'être rappelé en France pour devenir agent de la police secrète de Barras, un des cinq Directeurs. Un rôle dans lequel il excelle...


Ministre de la Police

Nommé ministre de la Police générale le 29 juillet 1799 sur l'initiative de Barras, lui-même conseillé par Siéyès et Talleyrand, ministre des Affaires Etrangères, il s'associe bientôt avec le général Bonaparte pour renverser le Directoire lors du Coup d'Etat du 18 Brumaire. Il fait arrêter les Directeurs réticents (Gohier et Moulin) et garde son ministère. C'est peut-être trop remercier Fouché qui, en cas d'échec du coup d'état, se préparait à faire emprisonner le général et les autres conspirateurs...
En décembre 1800, un attentat contre la personne du Premier Consul, Rue Sainte-Nicaise, échoue. Fouché ordonne l'arrestation des royalistes responsables de la tentative d'assassinat. Mais il finit par tomber en disgrâce une première fois en 1802, à cause de ses rivalités avec Talleyrand et deux frères de Napoléon, Lucien (ministre de l'Intérieur) et Joseph qui obtiennent la suppression de son ministère auprès de l'Empereur. Fouché n'en devient pas moins sénateur en 1802, reçoit la Légion d'Honneur l'année suivante et acquiert le château de Ferrières (Seine-et-Marne).
Le ministère de la Police est rétabli le 9 juillet 1804 après l'exécution du Duc d'Enghien, et siège à Paris, au quai Malaquais. La police de Fouché devient véritablement efficace avec l'établissement de nombreux réseaux partout en France : le ministre est au courant de tout grâce à ses nombreux espions.
Duc d'Otrante
"L’intrigue était aussi nécessaire à Fouché que la nourriture", aurait dit Napoléon à Sainte-Hélène... Ce qui ne l'empêche pas de le nommer comte de l'Empire en 1808 puis Duc d'Otrante le 15 août 1809. Mais Fouché tombe dans une nouvelle disgrâce à la suite d'un complot ourdi par Talleyrand et lui-même en 1807 (ils songent à un éventuel remplacement de l'Empereur par le maréchal Murat en cas de mort accidentelle en campagne), puis de négociations clandestines avec l'Angleterre, par le biais du futur Duc de Wellington. Le 3 juin 1810, Napoléon l'exile et le remplace au ministère de la police par le général Savary, fidèle d'entre les fidèles mais mauvais policier : la nouvelle du remplacement du Duc d'Otrante est accueillie avec une grande appréhension par le peuple.

Le 10 juin 1813, après la Campagne de Russie, Fouché remplace le général Junot au poste difficile de gouverneur des Provinces Illyriennes, rattachées à la France depuis octobre 1809. Viennent ensuite la Campagne de France et la première abdication : mal considéré tant par les partisans de Napoléon qui lui reprochent ses trahisons, que par les royalistes qui le soupçonnent de connivence avec les républicains, il n'est plus soutenu que par les révolutionnaires de 1789.


Même s'il aurait préféré un poste aux Affaires Etrangères, il retrouve son ministère de la Police générale durant les Cent-Jours, étant le seul à se présenter. Mais le ministre n'a pas perdu ses mauvaises habitudes et, à peine arrivé, il prépare le retour de Louis XVIII comme l'a fait Talleyrand, son grand rival, en 1814. Lorsque Napoléon - qui n'a d'ores et déjà plus aucune confiance en lui - est à nouveau battu à Waterloo et qu'il se rend à l'île d'Aix, Fouché lui interdit de rebrousser chemin et le pousse à s'embarquer sur le "Bellerophon". Il garde son poste jusqu'au 19 septembre 1815, où, trahi par le Prince de Bénévent, il est forcé de se retirer. En 1816, Louis XVIII condamne les régicides de 1793 à l'exil : Fouché gagne alors Prague, puis Trieste où il fréquente Jérôme Bonaparte et sa famille. Très riche, il y vit confortablement et rédige ses Mémoires, avant d'y rendre son dernier souffle dans la nuit du 25 au 26 décembre 1820, moins d'un an avant l'Empereur à Sainte-Hélène.
Même s'il a participé à de nombreux complots, devenant une véritable "girouette" selon l'expression de l'époque, Fouché, par son caractère glacial, insolent mais plein de sang-froid et son implacable réseau d'espions, demeure la figure la plus marquante de la police sous l'Empire.


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